8 mai 1945 : il y a 73 ans, le nazisme capitulait

8 mai 1945 : il y a 73 ans, le nazisme capitulait – au même moment, la France répandait le sang en Algérie.

Cette année 2018 marquant le centenaire de la fin de la première guerre mondiale, prend donc une dimension particulière du point de vue de la mémoire.

En 1918, le monde semblait se réveiller d’un long cauchemar : une insignifiante querelle en Europe avait plongé l’ensemble du globe dans une boucherie sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Après 4 ans de guerre et des millions de vies englouties, la société internationale formulait le vœu d’une paix durable.

Malgré cela, à peine 20 ans plus tard, en 1938, l’Europe se retrouvait à nouveau à la veille d’un conflit qui allait surpasser en horreur et en échelle le précédent.

En Espagne, la guerre civile

Depuis 2 ans, le coup d’État fasciste avait tourné à la guerre en Espagne, et déjà ce combat avait pris des dimensions internationales.

► Alors que l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste apportaient ouvertement leur concours aux troupes nationalistes, les régimes occidentaux refusaient leur soutien à la République.

► Devant l’attentisme de leurs gouvernements, nombre de citoyens ont fait le choix de s’engager directement contre le fascisme à travers les Brigades internationales mises en place par le Komintern : ces combattants généreux fourniront la matrice des futurs mouvements de résistance intérieure en France.

En France, le déshonneur

Considérées comme étrangers suspects par le gouvernement Daladier, les populations civiles qui fuyaient les combats ont été accueillies dans des camps d’internement créés pour l’occasion et disséminés sur l’ensemble du territoire : Argelès, Saint-Cyprien, Gurs, mais aussi Pithiviers, Lyon…

Cette même année 1938, la France et l’Angleterre validaient les ambitions expansionnistes de l’Allemagne nazie en signant avec elle les accords de Munich.

Cette même année 1938, l’ensemble du monde se réunissait à Évian pour discuter de la crise des migrants juifs issus d’Allemagne et d’Autriche : au cours de cette conférence, on parlait déjà de submersion, d’équilibre, d’intégration. Au final rien ne fut décidé, aucun pays n’acceptant d’augmenter ses quotas d’immigration, pas plus l’Amérique de Roosevelt que la France du Front populaire…

Dans une France républicaine encore en paix, c’est donc par un gouvernement légitime qu’ont été mis en place les outils de contrôle social qui furent ensuite utilisés à grande échelle pour réprimer les mouvements de résistance et pour déporter massivement les populations jugées indésirables :

– Outils réglementaires, avec le décret du 12 novembre 1938 sur les étrangers suspects ;
– Outils matériels, avec les camps de concentration qui permettent pour la première fois sur le sol métropolitain l’internement de populations civiles pour des raisons administratives et non judiciaires.

Spécificité de la deuxième guerre mondiale

Mue par une idéologie haineuse qui demeure aujourd’hui encore à peine concevable, l’Allemagne nazie a dépassé les limites de l’horreur. Bien que l’histoire humaine ne manque hélas pas d’exemples de massacres et de barbarie, le nazisme se distingue par la mise en place d’une industrie de la mort, destinée à éradiquer des catégories d’êtres humains, à détruire des populations entières.

L’idéologie nazie a d’abord classé les populations en catégories, puis elle a hiérarchisé ces catégories, et enfin elle a déterminé lesquelles de ces catégories avaient le droit d’exister, et lesquelles devaient disparaître.

Les personnes jugées indésirables ont d’abord disparu de l’espace social : du fait des persécutions, elles ont été contraintes à la clandestinité ou à l’exil. Mais cela ne suffisait pas : elles ont donc été vouées à l’extermination. Au final, plus de 6 millions de personnes ont perdu la vie, victimes de la haine et de la barbarie nazie.

8 mai 1945 : la Victoire de la civilisation ?

Après avoir mis l’Europe et le monde à feu et à sang, le nazisme a finalement été défait. Ce jour-là aurait dû être synonyme de joie : pourtant il restera flétri par les crimes de l’administration coloniale. Au cours des manifestations de liesse qui accompagnèrent le retour des Algériens ayant combattu pour la libération de la France et l’annonce de la fin de la guerre, un drapeau Algérien fut brandi.

Ce simple événement déclencha une vague de cette violence sans limites dont l’histoire coloniale est parsemée. En plus de la police, l’armée fut engagée dans une répression sauvage appliquée à l’encontre des populations civiles du Nord-Constantinois : des milliers de civils furent massacrés, leurs corps jetés dans des fosses communes ou incinérés…

À peine rétablie, la République se livrait donc sans vergogne aux injustices et aux exactions coloniales. Ce jour-là, le 8 mai 1945, le nazisme avait été formellement anéanti, mais on pouvait déjà voir qu’il n’était pas un accident de l’histoire, qui serait survenu dans une Europe au faîte de la civilisation et étrangère à toutes ces exactions.

 

By | 2018-05-16T14:57:08+00:00 08/05/2018|