La solidarité en procès

La foule s’était pressée en nombre ce lundi matin pour soutenir les membres du collectif Agir Migrants qui comparaissaient devant le tribunal d’instance de Villeurbanne, pour ce qu’il faut bien appeler un procès politique.

Les affaires s’enchaînent : quand nous arrivons dans la salle d’audience, c’est une autre occupation d’urgence au cours Émile Zola qui est examinée. Puis vient le tour de la Maison Mandela. L’avocat de la Métropole de Lyon s’avance, toise le public d’un air suffisant, puis déverse ses arguments.

La voix de son maître

Le ton est très vite donné : dans son plaidoyer en forme de réquisitoire, le procureur – pardon, l’avocat de la Métropole – vilipende les membres du collectif citoyen, qualifiés de « groupuscule d’extrémistes qui se prennent pour des justiciers », à qui il reproche de vouloir médiatiser l’affaire : « quand on veut faire une bonne action, on ne fait pas de communiqué de presse ». Gageons que l’Abbé Pierre était pétri de mauvaises intentions en s’adressant à la radio pendant l’hiver 1954…

Ces militants instrumentaliseraient donc la cause des migrants afin d’assouvir leurs arrières-pensées politiciennes : un argument de pure mauvaise foi. Chacun sait aujourd’hui qu’il est plus profitable électoralement de stigmatiser les immigrants que de leur porter secours. Après s’être vanté d’avoir obtenu à plusieurs reprise la destruction de leurs campements, le sinistre avocat justifie son mépris pour les droits des réfugiés : « il n’y a pas de conflit en Albanie, ces personnes n’ont donc aucune raison de demander l’asile », se substituant ainsi sans honte à la juridiction compétente. À sa décharge, il ne fait que reprendre les arguments de son maître Gérard Collomb, lorsqu’il n’était pas encore ministre mais toujours socialiste :

Le fond de l’affaire

Mais là n’est pas le problème. La vraie question, l’argument principal mobilisé par la Métropole, c’est… le droit de propriété. En d’autres termes, la Métropole dispose d’un bâtiment qu’elle voue à une destruction lointaine – pas avant la fin de l’année. Et qu’importe si, dans l’intervalle, l’édifice peut abriter des personnes en détresse : légitime propriétaire, la Métropole peut en exiger l’expulsion immédiate.

C’est donc bien un choix politique : la Métropole de Gérard Collomb pourrait consentir à l’occupation provisoire des lieux – et mettre ce délai à profit pour créer des solutions à cette situation d’urgence. Au lieu de cela, elle préfère attendre l’un des moments les plus froids de l’hiver pour ordonner en urgence de mettre à la rue des familles entières.

Propriété privée contre humanité

Au lieu de cela, elle préfère consacrer près de 2 millions d’euros de son argent – de notre argent – à la surveillance de ses locaux inoccupés. Sans scrupule, le représentant de la Métropole rappelle que le propriétaire n’a pas à démontrer l’urgence ni même le besoin de récupérer son bien.

Parce que nous ne sommes pas juges, nous ne savons pas si le droit donnera raison à la Métropole – réponse le 12 mars. Mais parce que nous sommes citoyens, c’est à nous qu’il revient de donner tort à la décision politique de jeter dehors ces pauvres gens.

By | 2018-02-13T15:51:51+01:00 12/02/2018|