Pas d’enfants sans toit !

Hier soir à 18h30, la municipalité de Lyon a ordonné à la police d’évacuer l’école Lucie Aubrac. Cette école était occupée par des parents d’élèves, de simples citoyens, qui voulaient simplement offrir un abri à des enfants et à leurs familles. 12 enfants scolarisés dans cette école sont sans-abri : ça représente en moyenne 2 enfants par classe. Face à cette situation intolérable, les parents d’élèves ont formé un collectif, ‘Pas d’enfant sans toit’.

Signez la pétition du collectif

Cette situation n’est pas un cas isolé

Aujourd’hui dans la ville de Lyon, 130 enfants dorment dans la rue. Des collectifs d’habitants se forment un peu partout : des parents d’élèves à l’école Gilbert Dru et d’autres établissements dans le 7e arrondissement, ou encore des riverains qui viennent en aide au campement d’Albanais dans le 3e, auxquels la police de Lyon a pudiquement demandé de se cacher lors de la visite du Président de la République le mois dernier.

‘Pas d’enfant sans toit’ : cette affirmation toute simple, dans la 5e puissance économique mondiale, ne devrait pas être une revendication mais un fait. Dans un pays riche comme le nôtre, dans une ville riche comme la nôtre, les pouvoirs publics ont l’obligation de tout mettre en œuvre pour ne laisser personne dans la rue, pour permettre à tout le monde de vivre dans des conditions de confort matériel minimales : un espace où dormir à l’abri du froid, et des intempéries, un repas chaud et suffisant, ce n’est vraiment pas trop demander.

Cette situation n’est pas une découverte

Depuis longtemps, la communauté scolaire alerte les pouvoirs publics, sans succès. Dans un courrier en date du 11 octobre, les parents d’élèves ont interpellé le Préfet, le Maire de Lyon et le Maire du 2e arrondissement, pour qu’ils règlent rapidement le problème.

C’est parce qu’ils n’ont pas eu de réponse qu’ils ont décidé d’agir par eux-mêmes. Au lieu de les entendre, le maire de Lyon a préféré les déloger. Avec un cynisme déconcertant, il prétend avoir agi pour des raisons de sécurité : difficile d’admettre que les familles qui dorment dans la rue soient en sécurité ! D’autant plus quand le froid s’installe… Satisfait de cette situation, M. Képénékian a également prétendu que l’école devait rester un sanctuaire dédié à l’éducation : en période de vacances scolaires, cela confine au ridicule !

Faire n’importe quoi, en le justifiant n’importe comment : M. Képénékian est bien le digne héritier de l’ancien maire de Lyon, Gérard Collomb, qui sévit aujourd’hui au plus haut niveau de l’État. Non seulement l’État refuse de remplir sa mission sacrée d’assistance aux plus démunis, mais en plus il empêche les honnêtes citoyens de le faire.

Nous ne sommes pas les seuls à dénoncer cette situation

Dans un avis en date du 17 octobre, la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme, « s’alarme de la multiplication des violations des droits fondamentaux des personnes migrantes » et condamne les contradictions flagrantes entre les discours bienveillants des responsables politiques et l’action effective de l’État :

« Alors que le chef de l’État prônait une mise à l’abri d’urgence les migrants vivant dans la rue, cela s’est traduit en pratique par des évacuations précipitées, sans solution d’hébergement pérenne, dans des lieux souvent inadaptés et sans accompagnement véritable. […]

Les instructions données par le ministère de l’Intérieur se sont traduites sur le terrain par des formes de harcèlement de la part des forces de l’ordre à l’encontre des personnes migrantes. Ces actions, parfois violentes se sont étendues aux associations et à de simples citoyens dans le but d’empêcher leurs actions humanitaires alors même qu’elles visent à pallier les carences de l’État.

Les poursuites et condamnations à l’encontre de personnes venant en aide aux migrants se multiplient.

Dans ce contexte, la CNCDH rappelle que l’engagement de celles et ceux qui apportent aide et soutien aux personnes migrantes est légitime et recommande à nouveau que les pouvoirs publics concentrent leurs moyens et leurs actions au renforcement de leur capacité d’accueil et d’accompagnement des personnes migrantes, afin de garantir l’effectivité de leurs droits fondamentaux, au lieu de concentrer leurs actions sur ceux qui leur viennent en aide ».

Nous ne pouvons qu’approuver cette déclaration de la CNCDH, institution indépendante créée au sortir de la 2e guerre mondiale.

C’est pourquoi :

  • nous demandons l’hébergement d’urgence des personnes sans abri, quelle que soit leur situation administrative, car il n’est pas tolérable que des personnes dorment dehors au 21e siècle ;
  • nous demandons que les familles soient hébergées à proximité des écoles où leurs enfants sont scolarisés, ce qui est la moindre des choses ;
  • nous refusons d’entendre parler de ‘crise des migants’ : ils personnes ne sont pas le problème, elles sont les victimes ;
  • nous refusons la recherche de solutions au cas par cas, la division et la mise en concurrence des situations de détresse : nous avons les moyens de venir en aide à tout le monde, et c’est notre devoir, alors faisons-le.
L’avis de la CNCDH
By | 2017-11-15T11:15:38+01:00 23/10/2017|